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RDUE : comprendre le règlement européen zéro déforestation

03 octobre 2024
9 min

Pour répondre aux défis du changement climatique et de la perte de biodiversité, l’Union européenne a adopté le Règlement (UE) 2023/1115 aussi appelé RDUE (Règlement Déforestation de l’Union Européenne) ou EUDR en anglais. Ce texte interdit la mise sur le marché de l’UE et l’exportation de produits liés à la déforestation ou à la dégradation des forêts après le 31 décembre 2020. La traçabilité et la transparence sont au cœur de ce dispositif, avec l’objectif de rendre les chaînes d’approvisionnement mondiales plus durables.

Dates clés : le RDUE s’applique au 30 décembre 2026 pour les grandes et moyennes entreprises, et au 30 juin 2027 pour les micro et petites entreprises (si elles avaient cette taille au 31 décembre 2024). Aucun nouveau report n’est prévu, la Commission européenne a explicitement écarté toute modification supplémentaire dans son rapport du 4 mai 2026.

 

Qu’est-ce que le RDUE ? Signification et définition

Le RDUE signifie Règlement sur la Déforestation et la dégradation des forêts de l’Union Européenne. Son équivalent anglais est l’EUDR (EU Deforestation Regulation). Il s’agit d’un règlement européen directement applicable dans les 27 États membres, sans transposition nationale nécessaire.

Il interdit la mise sur le marché de l’UE ou l’exportation depuis l’UE de produits ayant contribué à la déforestation ou à la dégradation des forêts après le 31 décembre 2020 (date de référence dite cut-off). Il remplace et élargit l’ancien Règlement Bois de l’Union Européenne (RBUE), qui ne visait que la filière bois et la légalité des coupes.

L’objectif central du RDUE est de réduire la part de l’UE dans la déforestation mondiale. Selon les études retenues par le législateur, la consommation européenne serait responsable d’environ 10 % de la déforestation mondiale, principalement via l’huile de palme (34 %) et le soja (32,8 %).

Pour se conformer au RDUE, les entreprises doivent s’assurer que les produits qu’elles mettent sur le marché ou exportent respectent trois critères cumulatifs :

  • Zéro déforestation : les produits doivent avoir été produits sur des terres n’ayant pas fait l’objet d’activités de déforestation après le 31 décembre 2020. Pour le bois, aucune dégradation forestière ne doit avoir eu lieu après cette date.
  • Respect de la législation du pays de production : droits d’utilisation des terres, protection de l’environnement, réglementation forestière, droit du travail, droits humains, consentement libre et préalable des populations autochtones, fiscalité, douanes et lutte contre la corruption.
  • Déclaration de diligence raisonnée (DDS) : les opérateurs doivent établir et déposer une déclaration attestant de la conformité des produits avant leur mise sur le marché ou leur exportation.

 

 



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Quels produits sont concernés par le RDUE ?

Les 7 produits de base

Le règlement cible sept matières premières directement liées à la déforestation mondiale, ainsi que leurs produits dérivés identifiés par leurs codes de la nomenclature douanière (annexe I du règlement) :

  • Bovins et viande bovine
  • Cacao (fèves, beurre, poudre, chocolat…)
  • Café (vert, torréfié, décaféiné…)
  • Palmier à huile (huile de palme, tourteaux, dérivés chimiques…)
  • Caoutchouc naturel (pneus neufs, gants…)
  • Soja (fèves, farine, huile, tourteaux…)
  • Bois (bois bruts et sciés, panneaux, pâte à papier, papier, meubles…)

⚠️ C’est le code douanier du produit qui détermine l’assujettissement, pas sa dénomination commerciale. Un chocolat (code 1806) est visé ; un biscuit au chocolat (code 1905) ne l’est pas. Il est donc indispensable de vérifier l’annexe I produit par produit.

 

Ce qui est sorti du champ depuis 2025-2026

Le Règlement (UE) 2025/2650 de décembre 2025 a retiré du champ d’application les produits de l’édition et de l’imprimerie (chapitre 49 de la nomenclature douanière). Un imprimeur ne déclare plus ses livres, journaux ou catalogues — mais reste opérateur s’il importe lui-même son papier.

Le Règlement délégué (UE) 2026/2102 de juillet 2026 a retiré : cuirs et peaux de bovins, pneus rechapés (la bande de roulement neuve reste visée), courroies en caoutchouc vulcanisé, graines de soja de semence, sièges d’automobiles et d’avions.

 

Ce qui entre dans le champ à partir du 30 décembre 2027

À compter du 30 décembre 2027, le même règlement délégué ajoute : café soluble (code 2101 11), langues de bovins congelées, et une série de dérivés oléochimiques du palmier (huiles hydrogénées, glycérol brut, alcools gras, esters, savons).

⚠️ Point de vigilance pour les secteurs indirects : le RDUE impacte aussi des secteurs de manière indirecte : alcools (bois pour fûts et caisses, arômes à base de cacao ou café), biocarburants (huile de palme, soja), cosmétiques et pharmaceutique (huile de palme, soja), textile (caoutchouc, cuir). Vérifiez les codes douaniers de vos intrants, pas seulement de vos produits finis.

Qui est concerné par le RDUE ?

Depuis la révision de décembre 2025, le règlement distingue trois rôles. Le rôle s’apprécie flux par flux : une même entreprise peut être opérateur pour le café vert qu’elle importe et commerçant pour les tablettes de chocolat qu’elle achète à un grossiste français.

 

Les opérateurs

L’opérateur est la première entreprise qui met le produit sur le marché de l’Union pour le vendre, le transformer ou l’utiliser dans sa propre activité. Pour un produit importé, c’est en principe l’importateur déclaré en douane lors de la mise en libre pratique. Si l’importateur est établi hors de l’UE, la première entreprise établie dans l’Union qui revend le produit est réputée opérateur.

Obligations de l’opérateur :

  • Collecter les informations et géolocaliser les parcelles d’origine
  • Évaluer le risque de déforestation
  • Atténuer les risques si nécessaire
  • Déposer une déclaration de diligence raisonnée (DDS) dans le système TRACES
  • Conserver les données 5 ans
  • Transmettre le numéro de référence DDS à ses clients et à la douane

💡 Les transitaires et représentants en douane qui ne possèdent pas la marchandise ne sont ni opérateurs ni commerçants au sens du RDUE. Ils doivent cependant connaître le numéro de référence DDS pour l’intégrer dans la déclaration en douane de leur client.

 

Les opérateurs en aval

L’opérateur en aval fabrique un nouveau produit visé à partir de produits déjà couverts par une déclaration existante. Il ne dépose pas de DDS et n’a pas à vérifier la diligence de son fournisseur.

Ses seules obligations :

  • Conserver les coordonnées de ses fournisseurs et clients (5 ans)
  • Conserver le numéro de référence DDS de son fournisseur direct (s’il est l’opérateur)
  • S’enregistrer dans le système d’information s’il n’est pas une PME

 

Les commerçants

Le commerçant revend dans l’Union un produit qui s’y trouve déjà, sans le transformer. Ses obligations sont identiques à celles de l’opérateur en aval.

Cas particulier : si votre fournisseur direct est l’importateur (l’opérateur), vous devez obligatoirement collecter et transmettre son numéro de référence DDS. Sans ce numéro, vous ne pouvez légalement pas revendre le produit.

 

Qu’est-ce que la diligence raisonnée ?

La diligence raisonnée est la procédure obligatoire que l’opérateur doit mettre en place pour vérifier que les produits concernés sont conformes aux critères du RDUE. Elle comporte trois étapes, toutes achevées avant la mise sur le marché ou l’exportation.

Étape 1 — Collecte des informations et géolocalisation

L'opérateur doit collecter et conserver pendant 5 ans :

  • La description du produit (nature, quantité, code douanier, nom scientifique des essences pour le bois)
  • Le pays et la période de production
  • Les coordonnées de géolocalisation de toutes les parcelles d’origine : un point à 6 décimales (latitude/longitude) pour les parcelles ≤ 4 hectares, un polygone pour les parcelles > 4 hectares. Pour les bovins : géolocalisation de tous les établissements d’élevage.
  • L’identité des fournisseurs et des clients
  • Les preuves de légalité de la production (titres fonciers, autorisations de coupe, etc.)

💡 Pour les matières provenant exclusivement de pays classés à risque faible (dont les 27 États membres, les États-Unis, la Chine, l’Inde ou le Ghana), l’opérateur est dispensé des étapes d’évaluation et d’atténuation du risque mais la collecte et la géolocalisation restent obligatoires.

Étape 2 — Évaluation du risque

Sur la base des informations collectées, l'opérateur analyse le risque de déforestation selon 14 critères : niveau de risque du pays de production (faible/standard/élevé selon le classement officiel), présence de forêts et de populations autochtones, complexité de la chaîne d'approvisionnement, risque de mélange avec des produits d'origine inconnue, etc.

La classification des pays par niveau de risque est fixée par le Règlement d’exécution (UE) 2025/1093. Les pays à risque standard incluent notamment le Brésil, l’Indonésie, la Malaisie, la Côte d’Ivoire et le Cameroun. Seuls la Biélorussie, la Corée du Nord, le Myanmar et la Russie sont classés à risque élevé.

Étape 3 — Atténuation du risque

Si l'évaluation révèle un risque non négligeable, l'opérateur doit le réduire à un niveau nul ou négligeable avant de procéder. Les mesures d'atténuation peuvent inclure des informations complémentaires, des enquêtes indépendantes, des audits sur site ou un changement de sourcing. Si le risque ne peut pas être atténué, les produits ne peuvent pas être mis sur le marché.

La déclaration de diligence raisonnée (DDS) et le système TRACES

Une fois la diligence réalisée, l’opérateur dépose sa déclaration de diligence raisonnée (DDS) dans le système d’information européen TRACES, avant la mise sur le marché ou l’exportation. Le système délivre un numéro de référence unique qui doit :

  • Être transmis à tous les clients de la chaîne
  • Être impérativement mentionné dans la déclaration en douane lors de l’importation, sans ce numéro, le dédouanement ne peut pas être effectué et les marchandises sont bloquées à la frontière

Une même déclaration peut couvrir plusieurs expéditions sur une année entière.

 



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RDUE : dates et calendrier d’application 2026-2027

DatePérimètre
29 juin 2023Entrée en vigueur du règlement
30 décembre 2026Application aux grandes et moyennes entreprises
30 juin 2027Application aux micro et petites entreprises (si cette taille au 31/12/2024)
30 décembre 2027Entrée du café soluble et des dérivés oléochimiques du palmier dans le champ
30 avril 2026Rapport de simplification de la Commission (publié le 4 mai 2026 — aucun nouveau report proposé)
Y aura-t-il un 3ème report ? Non selon l’état actuel des textes. La Commission a explicitement écarté toute nouvelle modification du règlement dans son rapport du 4 mai 2026, et ses actes de juillet et septembre 2026 organisent l’application. Aucune proposition de report n’a été déposée au 30 septembre 2026. Les entreprises qui parient sur un nouveau décalage prennent un risque opérationnel et juridique significatif.

Cas particuliers :

  • Les produits mis sur le marché avant la date d’application de l’opérateur restent hors champ : il faut pouvoir prouver la date de première mise sur le marché
  • Le bois récolté avant le 29 juin 2023 reste soumis à l’ancien règlement bois jusqu’au 31 décembre 2029
  • Les emballages servant à porter ou protéger une marchandise ne sont pas visés. En revanche, le fabricant qui vend des palettes ou des cartons comme produits est concerné

 

Contrôles et sanctions en cas de non-conformité

Les contrôles sont effectués par les autorités compétentes de chaque État membre. En France, il s’agit du ministère de la Transition écologique (CGDD) et du ministère de l’Agriculture (DGPE). Les contrôles annuels couvrent au minimum :

  • 1 % des opérateurs dont les produits viennent de pays à risque faible
  • 3 % des opérateurs dont les produits viennent de pays à risque standard
  • 9 % des opérateurs dont les produits viennent de pays à risque élevé, ainsi que 9 % des quantités concernées

 

Les sanctions prévues sont les suivantes :

  • Amende pouvant représenter au moins 4 % du chiffre d’affaires annuel dans l’UE,  relevée si nécessaire pour dépasser l’avantage économique tiré de l’infraction
  • Confiscation des produits concernés et des revenus tirés des transactions
  • Exclusion temporaire des marchés publics et des financements publics (jusqu’à 12 mois)
  • Interdiction temporaire de mise sur le marché ou d’exportation en cas d’infraction grave ou répétée
  • Publication des condamnations définitives sur le site de la Commission (nom de l’entreprise, faits, sanction)

Le sujet est loin d’être théorique : les importateurs constituent le vivier naturel des autorités de contrôle, par simple tri sur les codes de nomenclature et les pays d’origine dans les déclarations en douane.

 

Comment Fiscalead vous accompagne

L’impact douanier du RDUE est souvent sous-estimé. Sans numéro de référence DDS valide dans la déclaration en douane, les marchandises sont bloquées à la frontière — avec tous les coûts et délais que cela implique. C’est à ce croisement entre conformité réglementaire et opérations douanières que Fiscalead intervient.

Ce que Fiscalead fait pour vous

  • ✅ Analyse de vos flux d’importation et identification des produits soumis au RDUE (vérification code par code sur l’annexe I)
  • ✅ Détermination de votre rôle dans chaque chaîne d’approvisionnement (opérateur, opérateur en aval, commerçant)
  • ✅ Accompagnement dans la mise en place de votre système de diligence raisonnée et la collecte des données géolocalisation
  • ✅ Enregistrement sur la plateforme TRACES et dépôt des déclarations de diligence raisonnée
  • ✅ Intégration du numéro de référence DDS dans vos procédures douanières d’importation et d’exportation
  • ✅ Mise en place de processus internes standardisés : qui gère les démarches, où sont conservées les données, quels sont les déclencheurs sur vos produits concernés

Nos experts sont à votre disposition, que vous soyez une PME cherchant à structurer votre conformité ou un groupe importateur gérant des flux complexes multi-pays.

 

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Marcie Reyno-Dalle

Ecrit par Marcie Reyno-Dalle

CEO – Fiscalead

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